Catalogue

Le Singe et son violon (1918)

Le Singe et son violon (1918)

Lucie Paul-Margueritte (1885-1955)

Couverture et illustrations de Charles Martin
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Le Singe et son violon (1918) est le roman d’un ménage sans amour et sans joie, l’exposé délicat et tout en relief d’espérances féminines broyées. C’est le funeste récit d’une femme qui s’immole à un homme qui ne l’aime pas. Tout, chez elle, le rebute, à commencer par son physique : elle la sveltesse d'une liane - nous dit-on - son mari, indécrottable coureur, n’admire que l’ampleur des femmes nuage à la Rubens ; n'a d'yeux que pour ce qui n'est pas elle. 

Mais, de ce bellâtre vaniteux et désobligeant, qui « la veut opprimée », il ne reste plus, quand il sort des griffes de Lucie Paul-Margueritte, qu’un puceron du ressentiment bien banal aux traits tellement bafoués, avec une précision si incisive, qu’on en a presque pitié…

 

Traité de la délation (1946)

Traité de la délation (1946)

Romain Motier

Préface de "L'éditeur"
Illustration Atelier Polysémique
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Du petit brocard murmuré au libelle assassin sur papier de boucherie, la délation sert souvent d’égout aux vengeances personnelles du « citoyen » timide et réservé… C’était vrai en 1946. Ça l’est de nos jours, malgré les fictions pieuses des moralistes officiels. D’autant que – Motier le déplorait déjà avec beaucoup de sarcasme dans son vénérable Traité – il n’y a plus « de délation infâme. Il n’y a plus que de saintes dénonciations. Il n’y a plus de fanatisme niais, comme aux siècles de superstitions, mais bien des passions noblement échauffées autour d’un Idéal. » Un idéal en constant remodelage où ce qui était vertu il y a dix mois est aujourd’hui un crime irrémissible…

À la Belle de Nuit (1931)

À la Belle de Nuit (1931)

Jacques Roberti (????-????)

Illustration de Baptiste Deyrail
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Du soir jusqu’à l’aube, la môme Gaby vend son corps. Désagrégée, des rustines à l’âme, elle sillonne la France des bordels, errant de cagibis-fond-d’casserole en tôles salingues, à la recherche de Francine, sa « petite femme »… et consœur.

Huis-clos en pointillés qui sent les chairs fauves et les parfums narcotiques, À la Belle de Nuit ne renferme pas la plus petite lueur d’espoir ; ou alors en veilleuse… à la manière d’un gaz pauvre, qui fait voir les ténèbres plus qu’il ne les dissipe… « L’idéal ? moi, je sais, se figure une « pensionnaire » – non ! une captive ! – c’est quéque chose qu’on est sûr qu’on n’aura jamais, mais qui vous fait doux au cœur quand on y songe. »

Un communard

Un communard

Léon Deffoux (1881-1944)

Illustration Atelier Polysémique
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« Son ardeur à vouloir chambarder l’ordre établi étonnait un peu lorsqu’on arrivait à bien connaître l’homme intime. Car cet amateur d’aventures était soucieux de prendre son apéritif et ses repas à heures régulières ; ce risque-tout aimait son intérieur, le coin de son feu, ce révolutionnaire était pensionné au titre de victime du Coup d’État !... » Le père Burteau, ancien communard retors, fauve (domestique) dans la tristesse de l’âge, a tout, à quatre-vingts ans passés, du conspirateur en chambre. Mais si désormais ses rêves de coup de feu sont voués à la crevaison, la vie lui offrira une dernière occasion d’équarrir la rousse…

L'Homme tombé dans un fossé (1942)

L'Homme tombé dans un fossé (1942)

Lucien Jean (1870-1908)

Préface de Henri Poulaille
Illustration Atelier Polysémique
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« Tu te plains au fond de ton fossé. Pourquoi ? Ne te sens-tu pas vivre ? Tu dois souffrir, c’est vivre plus fortement. Le seul état que l’homme ne puisse pas supporter, c’est l’inertie et l’ennui, et toujours il tend vers plus de passion. Et crois-tu donc que tu vivrais plus hors du fossé qu’au fond ? Tu sais que tu es pitoyable et c’est très beau ! Des êtres, tu le sais, pensent à toi avec angoisse. Que c’est beau ! Songe que tes enfants pleurent. Songe que ta femme te croit mort et que peut-être elle pense à se remarier. Ah ! ne sens-tu pas ton cœur battre indiciblement à cette idée, et à l’idée que tu pourrais ne jamais sortir de là !...

 - SI vous y étiez, dit l’Homme… »

Cashel Byron (1882)

Cashel Byron (1882)

George Bernard Shaw (1856-1950)

Préface et postface de George Bernard Shaw
Adapté de l'anglais par Louis Beaudoir (1919). Adaptation révisée et complétée par Anne-Sylvie Homassel (2023)
Illustration de Baptiste Deyrail
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Lydia Carew, jeune Aristocrate au sans-façon charmant et à la minceur onduleuse, tombe folle amoureuse d’un Hermès marmoréen au langage abominable, athlète frémissant et terrible : Cashel Byron, champion du monde de boxe, à mille lieues du Cid anglais… Cashel l’aime en retour de tout son cœur, le grand souffle y est, mais « les autres veulent pas… »

Alors avec son âme sur ses lèvres, le combattant va parler fort pour dominer le tumulte. En vain… Car comme l’écrit Shaw (Prix Nobel 1925), un rictus d’agonie aux lèvres : « La démence qui raisonne est la pire de toutes, parce qu’elle est armée contre la raison. » Mais l’amour ancien, blessé à mort, durera encore par ses fibres tenaces…

La Flemme

La Flemme

Michèle Perrein (1929-2010)

Éric Dusert
Illustration Baptiste Deyrail
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Belle, sauvage, cruelle, inutile, Dominique n’a en tête que le quart d’heure qu’elle vit, et qu’elle dévore comme un chancre à pattes juste pour dire « merde ! » Dans le Quartier latin des années soixante, elle remorque une bande de jeunes oisifs, dolents et insolvables (donc libres) qu’au fond, la vie emmerde. Et qui ne cherchent qu’à retarder le moment de faire ce qu’il ne leur plaira pas.

Tiré du film La Vérité (1960) – Michèle Perrein a en co-écrit le scénario avec Henri-Georges Clouzot –La Flemme est le portrait d’une jeune femme bousillée par la crapulerie des hommes – un en particulier – au-dessus de laquelle plane une ombre grise et suintante...

Onésime

Onésime

Francis de Miomandre (1880-1959)

Illustration Polysémique
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« Il y avait une fois, dans un immeuble moderne, un vieil ascenseur… Quand je dis vieux, il faut s’entendre. Il n’avait que vingt ans, et vingt ans, c’est la fleur de l’âge pour un homme ou pour une femme, mais pour un ascenseur c’est presque la sénilité. Il n’y a rien d’étonnant à cela, si vous pensez aux conditions, si spéciales, de l’existence de ces pauvres créatures. Songez qu’elles ne voient la lumière du jour qu’à de très rares heures de l’après-midi ou de la matinée, et encore tamisée, réduite par des verrières, elles-mêmes alimentées de clarté par les cours étroites comme des puits. »

La Servante (1905)

La Servante (1905)

Gustave Geffroy (1855-1926)

Eric Dusert
Atelier Polysémique
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"Martine, pour être plus près des enfants, couchait dans l’appartement. Chaque soir, sa vaisselle rangée, ses raccommodages faits, tout mis en ordre, elle allait vers les couchettes des petits, leur donner un dernier coup d’œil, voir s’ils n’avaient pas soif, s’ils ne s’étaient point endormis dans une fausse position, si leur sommeil n’était pas agité. Elle se retirait alors dans un petit cabinet qui lui servait de chambre à coucher. Un soir, Monsieur Bresson vint l’y rejoindre, et la servante n’osa pas renvoyer le patron."

Histoires de Blancs

Histoires de Blancs

Langston Hughes (1902-1967)

Jake Lamar
Hélène Bokanowski
Illustration Baptiste Deyrail
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« Moricauds » abhorrés ou gracieux échantillons de cette « race si charmante, si naïve », les Noirs, dans ce recueil de nouvelles – de disputes sans issue, plutôt – ont tous un point commun : une dignité bouleversante… Aristocratique ! Il y a ce musicien de jazz phtisique qui mourra pour avoir serré la main d’une Blanche en public ; cet homme-objet « bibeloté » par un couple bohème en mal d’exotisme et d’honorabilité… Oui, ici, les Noirs sont avilis, mâchés et remâchés. Mais jamais ils ne larmoient sous la plume de Langston Hughes. Dont les récits sont des merveilles de sobriété, de pudeur. Et de complexité : une dispute qui n’est pas sans issue, après tout, est une dispute sans importance…

Caractères

Caractères

André Gide (1869-1951)

Jean-Claude Perrier
Atelier Polysémique
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« Il est bien téméraire d’affirmer que l’on aurait pensé de même sans avoir lu tels auteurs qui paraîtront avoir été vos initiateurs. Pourtant, il me semble que, n’eussé-je connu ni Dostoïewsky, Nietzsche, ni Freud, ni X… ou Z…, j’aurais pensé tout de même ; et que j’ai trouvé chez eux plutôt une autorisation qu’un éveil. Surtout ils m’ont appris à ne plus douter de moi, à ne plus avoir peur de mes pensées et à me laisser mener par elles jusqu’à ces terres qui n’étaient pourtant pas inhabitables, puisqu’aussi bien je les y retrouvais. »

La Machine gouverne

La Machine gouverne

Paul Valéry (1871-1945)

Eric Chevillard
Atelier Polysémique
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« Quant à notre sens le plus central – notre sens de l’intervalle entre le désir et la possession de son objet, qui n’est autre que le sens de la durée, – et qui se satisfaisait jadis de la vitesse des chevaux ou de la brise, il trouve que les rapides sont bien lents, que les messages électriques le font mourir de langueur.

Les événements eux-mêmes sont demandés comme une nourriture. S’il n’y a point ce matin quelque grand malheur dans ce monde, nous nous sentons un certain vide.  – « Il n’y a rien aujourd’hui dans les journaux », disent-ils.

Nous voilà pris sur le fait. Nous sommes tous empoisonnés. »

Tuer les vieux, jouir! Roman vache, moeurs du temps

Tuer les vieux, jouir!

Roman vache, moeurs du temps

Félicien Champsaur (1858-1934)

Illustration Baptiste Deyrail
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Etienne, ancien combattant de la guerre de quatorze, héros enrubanné mais salaud innommable, fait assassiner son père en vue d’hériter de sa prospère usine de ferraille. Dans la foulée, ne s’embarrassant pas de « scrupules surannés », le parricide s’en prend à son frère puîné, âgé de quelques semaines à peine.

Malgré toute la rouerie du monstre, un détective amateur nourrit des soupçons et se lance à la poursuite de ses complices, moins subtils : un sorcier mondain et une pythonisse hallucinée, couple sanguinaire à la conscience… inerte.

Roman multiforme, Tuer les vieux, jouir ! est autant un polar social, qu’un roman fantastique, philosophique… et gore : lambeaux de chair et sang coagulé !

Toya

Toya

Marcelle Auclair (1899-1983)

Laurence Campa
Illustration de Baptiste Deyrail
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Longue nouvelle d’orfèvre, d’une noirceur magnétique, Toya (1927) met en scène une vieille fille chilienne, une solterona, affligée d’une indicible laideur, qui se dessèche, se prend à aimer son beau-frère, arrive jusqu’à la pensée du crime, jusqu’à l’idée de fratricide.

Sa vie entière, elle se punit, s’exile, s’enferme, se claustre parmi ses chimères. Et quand elle ne s’autoflagelle pas, ce sont les interdits et le poids de la religion qui la musèlent, à l’âge où ses sens bouillonnants auraient pu – auraient dû ! – pulvériser le carcan. Tout conspire à faire d'elle le parangon de la vieille fille macérée par l’amertume et les viletés, imbue d’une étrange rancœur et qui veut aggraver son mal.

Rencontre au restaurant

Rencontre au restaurant

Joseph Kessel (1898-1979)

Pascal Génot
Illustration Polysémique
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« Puis, de sa voix lente, sans inflexion, il se mit à raconter son emprisonnement, les interrogatoires impitoyables, menés par un enquêteur poli, raffiné, mais d’une ruse et d’un acharnement diaboliques, l’envoi de ses camarades à l’exécution, et comment la terreur, la souffrance, les mauvais traitements, avaient à tout jamais éteint ses yeux déjà usés.

Il fut interrompu par Arkadine qui, soudain, cria d’une voix stridente, hystérique :

-  Du champagne, garçon ; du champagne, vite. »

Le Couteau

Le Couteau

Francis Carco (1886-1958)

Patrick Raynal
Illustration Polysémique
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« Ce guide plaisant et bénévole prévenait mes désirs. Tantôt c’est à Montmartre, que je connais pourtant, qu’il poussait une porte sur d’étranges assemblées. Tantôt il m’escortait – en plein Paris, – dans ces débits de vin où d’épais gentleman expédient des « colis » en Amérique du Sud ou encore – et toujours grâce à lui – c’est par le plus providentiel des hasards que j’assistais, en de lointains quartiers, à des arrangements bizarres conclus entre des messieurs distingués, leurs épouses et celles qui « filles d’amour » méditent de s’affranchir. »

La Mort de Prosper Boudonneau Hirondelle

La Mort de Prosper Boudonneau

Hirondelle

Henri Duvernois (1875-1937)

Éric Dussert
Illustration Polysémique
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« Ses cartes de visite mentionnaient : « Prosper Boudonneau, Publiciste. » C’était tout. Depuis trente ans, Prosper Boudonneau fournissait de faits-divers certains journaux parisiens, mais il n’appartenait effectivement à aucune rédaction. L’argot du petit journalisme d’autrefois appelait ces auxiliaires des “hirondelles“ parce qu’ils se posent à peine et s’envolent. Boudonneau était une hirondelle un peu meurtrie. (…) On le voyait dévaler sous des pluies battantes, son éternelle canne à la main, les bords de son chapeau Rembrandt transformés en gouttières, sa cravate lavallière triste comme un papillon mouillé. »

Fin de promenade Et trois autres contes

Fin de promenade

Et trois autres contes

Remy de Gourmont (1858-1915)

André Derval
Illustration Polysémique
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« Il s’aventura en une étrange maison, noire, morne, froide et muette, qui ressemblait à l’hôtellerie de la Mort. Dès l’entrée, il eut peur : des souffles de caves emplissaient la cour où des herbes jaunies entouraient les pavés disjoints. Les fenêtres ne s’ornaient que de vitres fêlées ou cassées. Araman leva la tête, et il fut fort surpris de voir que le sixième étage, le dernier, apparaissait tout resplendissant de fresques et de dorures, tout éclatant de somptueux vitraux que le soleil semblait caresser avec joie et avec tendresse. Un coup de talon lui fit baisser les yeux : l’Inconnue l’attendait et s’impatientait... »

Le Sens de la vie

Le Sens de la vie

Édouard Rod (1857-1910) (Copy)

Illustration de Baptiste Deyrail
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Chronique intime et mélancolique d’un véritable dandy parisien ; d’un libertaire bourgeois (pardonnez l’oxymore) qui s’interroge sur la paternité, l’altruisme, la religion, le mariage... L’état d’esprit du narrateur lorsqu’il enregistre la naissance de sa fille : « Jamais je n’ai senti plus vivement l’odieux et le ridicule de l’ordre civil. Il faut donc que tout passe par cette encre malpropre, par ces mains graisseuses, tout ce qu’on éprouve de sacré, l’amour et le deuil. Vous y êtes inscrit en venant au monde et vous en serez l’esclave toute votre vie (…) ». Pour cette longue glissade existentielle nerveuse, délicate, aussi profonde que frivole, Édouard Rod a reçu le Prix de Jouy, prix de philosophie décerné par l'Académie française jusqu'en 1987. 

La Faim

La Faim

Sergueï Semionov (1893-1942)

Traduction de Paul Lequesne
Illustration de Baptiste Deyrail
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Petrograd. 1919. Journal affamé d’une jeune fille dépecée par les souffrances. La narratrice est Feïa, une adolescente précipitée dans la pauvreté au lendemain de la révolution. Ses préoccupations – ses obsessions, plutôt : le système du rationnement, l’âpreté humaine et ses misères. Mais surtout, Feïa consigne avec une infinie minutie les innombrables malédictions (divisions, mesquineries…) que répandent la disette et l’indigence sur sa famille.

La Faim appartient à ces œuvres que l’on ressent viscéralement… qui donnent la dalle ! ces œuvres où saignent des cœurs que la misère humaine a touchés, où il y autre chose que des mots arrangés pour l’art.

Pantruche ou les Mémoires d'un truand

Pantruche

ou les Mémoires d'un truand

Fernand Trignol (1896 - 1957)

Avant-propos de Jean Gabin
Illustration de Loïc Gosset
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Avec cette courte autobiographie, Fernand Trignol nous jette tête la première dans les bas-fonds parisiens du début du xxe siècle ; ainsi que dans ceux, tout aussi fangeux et impitoyables, de l’âge d’or du cinéma français : le cinéma d’avant-guerre… celui des monstres sacrés (Jean Gabin, Louis Jouvet, Michel Simon, Arletty…).

Voisin débraillé de Ma philosophie de Courteline (dont Trignol était l’ami), ce recueil d’anecdotes mêle argot et français ouvragé au profit d’une petite musique qui évoque irrésistiblement le bouillonnement des faubourgs. Ainsi ce passage dans lequel l’auteur raille la plasticité morale d’Henri IV et son célèbre « Paris vaut bien une messe » : « Henri IV, c’est un gonce qui me plaît. Si pour sucrer Meaux ou Château-Thierry, quelques jours après Paris on lui avait dit : “Mon pote, il faut que tu te cloques bouddhiste”, il aurait répondu : “Cloquez-moi bouddhiste…” »

Du Audiard avant la lettre…