La Glyptothèque

Traité de la délation (1946)

Traité de la délation (1946)

Romain Motier

Préface de "L'éditeur"
Illustration Atelier Polysémique
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Du petit brocard murmuré au libelle assassin sur papier de boucherie, la délation sert souvent d’égout aux vengeances personnelles du « citoyen » timide et réservé… C’était vrai en 1946. Ça l’est de nos jours, malgré les fictions pieuses des moralistes officiels. D’autant que – Motier le déplorait déjà avec beaucoup de sarcasme dans son vénérable Traité – il n’y a plus « de délation infâme. Il n’y a plus que de saintes dénonciations. Il n’y a plus de fanatisme niais, comme aux siècles de superstitions, mais bien des passions noblement échauffées autour d’un Idéal. » Un idéal en constant remodelage où ce qui était vertu il y a dix mois est aujourd’hui un crime irrémissible…

Un communard

Un communard

Léon Deffoux (1881-1944)

Illustration Atelier Polysémique
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« Son ardeur à vouloir chambarder l’ordre établi étonnait un peu lorsqu’on arrivait à bien connaître l’homme intime. Car cet amateur d’aventures était soucieux de prendre son apéritif et ses repas à heures régulières ; ce risque-tout aimait son intérieur, le coin de son feu, ce révolutionnaire était pensionné au titre de victime du Coup d’État !... » Le père Burteau, ancien communard retors, fauve (domestique) dans la tristesse de l’âge, a tout, à quatre-vingts ans passés, du conspirateur en chambre. Mais si désormais ses rêves de coup de feu sont voués à la crevaison, la vie lui offrira une dernière occasion d’équarrir la rousse…

L'Homme tombé dans un fossé (1942)

L'Homme tombé dans un fossé (1942)

Lucien Jean (1870-1908)

Préface de Henri Poulaille
Illustration Atelier Polysémique
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« Tu te plains au fond de ton fossé. Pourquoi ? Ne te sens-tu pas vivre ? Tu dois souffrir, c’est vivre plus fortement. Le seul état que l’homme ne puisse pas supporter, c’est l’inertie et l’ennui, et toujours il tend vers plus de passion. Et crois-tu donc que tu vivrais plus hors du fossé qu’au fond ? Tu sais que tu es pitoyable et c’est très beau ! Des êtres, tu le sais, pensent à toi avec angoisse. Que c’est beau ! Songe que tes enfants pleurent. Songe que ta femme te croit mort et que peut-être elle pense à se remarier. Ah ! ne sens-tu pas ton cœur battre indiciblement à cette idée, et à l’idée que tu pourrais ne jamais sortir de là !...

 - SI vous y étiez, dit l’Homme… »

Onésime

Onésime

Francis de Miomandre (1880-1959)

Illustration Polysémique
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« Il y avait une fois, dans un immeuble moderne, un vieil ascenseur… Quand je dis vieux, il faut s’entendre. Il n’avait que vingt ans, et vingt ans, c’est la fleur de l’âge pour un homme ou pour une femme, mais pour un ascenseur c’est presque la sénilité. Il n’y a rien d’étonnant à cela, si vous pensez aux conditions, si spéciales, de l’existence de ces pauvres créatures. Songez qu’elles ne voient la lumière du jour qu’à de très rares heures de l’après-midi ou de la matinée, et encore tamisée, réduite par des verrières, elles-mêmes alimentées de clarté par les cours étroites comme des puits. »

La Servante (1905)

La Servante (1905)

Gustave Geffroy (1855-1926)

Eric Dusert
Atelier Polysémique
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"Martine, pour être plus près des enfants, couchait dans l’appartement. Chaque soir, sa vaisselle rangée, ses raccommodages faits, tout mis en ordre, elle allait vers les couchettes des petits, leur donner un dernier coup d’œil, voir s’ils n’avaient pas soif, s’ils ne s’étaient point endormis dans une fausse position, si leur sommeil n’était pas agité. Elle se retirait alors dans un petit cabinet qui lui servait de chambre à coucher. Un soir, Monsieur Bresson vint l’y rejoindre, et la servante n’osa pas renvoyer le patron."

Caractères

Caractères

André Gide (1869-1951)

Jean-Claude Perrier
Atelier Polysémique
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« Il est bien téméraire d’affirmer que l’on aurait pensé de même sans avoir lu tels auteurs qui paraîtront avoir été vos initiateurs. Pourtant, il me semble que, n’eussé-je connu ni Dostoïewsky, Nietzsche, ni Freud, ni X… ou Z…, j’aurais pensé tout de même ; et que j’ai trouvé chez eux plutôt une autorisation qu’un éveil. Surtout ils m’ont appris à ne plus douter de moi, à ne plus avoir peur de mes pensées et à me laisser mener par elles jusqu’à ces terres qui n’étaient pourtant pas inhabitables, puisqu’aussi bien je les y retrouvais. »

La Machine gouverne

La Machine gouverne

Paul Valéry (1871-1945)

Eric Chevillard
Atelier Polysémique
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« Quant à notre sens le plus central – notre sens de l’intervalle entre le désir et la possession de son objet, qui n’est autre que le sens de la durée, – et qui se satisfaisait jadis de la vitesse des chevaux ou de la brise, il trouve que les rapides sont bien lents, que les messages électriques le font mourir de langueur.

Les événements eux-mêmes sont demandés comme une nourriture. S’il n’y a point ce matin quelque grand malheur dans ce monde, nous nous sentons un certain vide.  – « Il n’y a rien aujourd’hui dans les journaux », disent-ils.

Nous voilà pris sur le fait. Nous sommes tous empoisonnés. »

Rencontre au restaurant

Rencontre au restaurant

Joseph Kessel (1898-1979)

Pascal Génot
Illustration Polysémique
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« Puis, de sa voix lente, sans inflexion, il se mit à raconter son emprisonnement, les interrogatoires impitoyables, menés par un enquêteur poli, raffiné, mais d’une ruse et d’un acharnement diaboliques, l’envoi de ses camarades à l’exécution, et comment la terreur, la souffrance, les mauvais traitements, avaient à tout jamais éteint ses yeux déjà usés.

Il fut interrompu par Arkadine qui, soudain, cria d’une voix stridente, hystérique :

-  Du champagne, garçon ; du champagne, vite. »

Le Couteau

Le Couteau

Francis Carco (1886-1958)

Patrick Raynal
Illustration Polysémique
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« Ce guide plaisant et bénévole prévenait mes désirs. Tantôt c’est à Montmartre, que je connais pourtant, qu’il poussait une porte sur d’étranges assemblées. Tantôt il m’escortait – en plein Paris, – dans ces débits de vin où d’épais gentleman expédient des « colis » en Amérique du Sud ou encore – et toujours grâce à lui – c’est par le plus providentiel des hasards que j’assistais, en de lointains quartiers, à des arrangements bizarres conclus entre des messieurs distingués, leurs épouses et celles qui « filles d’amour » méditent de s’affranchir. »

Fin de promenade Et trois autres contes

Fin de promenade

Et trois autres contes

Remy de Gourmont (1858-1915)

André Derval
Illustration Polysémique
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« Il s’aventura en une étrange maison, noire, morne, froide et muette, qui ressemblait à l’hôtellerie de la Mort. Dès l’entrée, il eut peur : des souffles de caves emplissaient la cour où des herbes jaunies entouraient les pavés disjoints. Les fenêtres ne s’ornaient que de vitres fêlées ou cassées. Araman leva la tête, et il fut fort surpris de voir que le sixième étage, le dernier, apparaissait tout resplendissant de fresques et de dorures, tout éclatant de somptueux vitraux que le soleil semblait caresser avec joie et avec tendresse. Un coup de talon lui fit baisser les yeux : l’Inconnue l’attendait et s’impatientait... »

La Mort de Prosper Boudonneau Hirondelle

La Mort de Prosper Boudonneau

Hirondelle

Henri Duvernois (1875-1937)

Éric Dussert
Illustration Polysémique
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« Ses cartes de visite mentionnaient : « Prosper Boudonneau, Publiciste. » C’était tout. Depuis trente ans, Prosper Boudonneau fournissait de faits-divers certains journaux parisiens, mais il n’appartenait effectivement à aucune rédaction. L’argot du petit journalisme d’autrefois appelait ces auxiliaires des “hirondelles“ parce qu’ils se posent à peine et s’envolent. Boudonneau était une hirondelle un peu meurtrie. (…) On le voyait dévaler sous des pluies battantes, son éternelle canne à la main, les bords de son chapeau Rembrandt transformés en gouttières, sa cravate lavallière triste comme un papillon mouillé. »